Quel est l’intérêt patrimonial de restaurer un tableau ? Tous les tableaux doivent-ils être restaurés ? Sur quels critères peut-on décider ou non d’entamer la restauration d’une œuvre ? Comment choisir le bon praticien ? Voici quelques éléments de réponse qui vous aideront à mieux comprendre le milieu de la conservation-restauration. Ces conseils sont aussi applicables à d’autres types de restauration que vous pourriez entreprendre sur des sculptures, meubles anciens, dessins…

 

Nombreux sont les amateurs d’art ou collectionneurs à s’être interrogés sur l’intérêt de restaurer leurs œuvres. C’est souvent lorsque les tableaux montrent de sérieux signes de détérioration que le propriétaire finit pas consulter un praticien. En effet, sans intervention immédiate, certains tableaux ne peuvent plus être sauvés. Un véritable gâchis pour les générations futures, car c’est un peu de notre histoire qui disparaît avec eux… A contrario, un tableau « trop restauré » perd aussi de sa valeur financière… et c’est aussi un gâchis sur le plan patrimonial !

 

Restaurer un tableau : comment faire ? Comment choisir ?

Pour les détenteurs de nombreux tableaux, il faut opérer une sélection, et hiérarchiser les priorités. Quels tableaux doivent faire l’objet d’une campagne de restauration d’urgence ? Pour cela, il vaut mieux partir de critères objectifs. Nous en avons listé quatre. Si vous considérez que votre tableau rentre dans l’un de ces critères, alors il est certainement souhaitable d’envisager une restauration :

 

  • L’œuvre a-t-elle une valeur affective ? Est-ce le portrait d’un ancêtre ? Ou est-ce un tableau acheté par l’arrière-grand-père, qui a toujours été présent dans le salon de la maison familiale ?
  • Est-ce un tableau de grande valeur ? Aujourd’hui, il est facile de connaître la valeur d’un tableau grâce aux professionnels, à Internet, ou encore à travers des livres de références de ventes aux enchères…
  • Ce tableau a-t-il une valeur historique ?  A-t-il été commandé par un illustre personnage ? L’histoire de sa transmission est-elle connue ? Ce tableau est-il une œuvre majeure dans la production de l’artiste ?
  • Son exécution est-elle suffisamment intéressante pour revêtir un intérêt artistique ?
  • Le sujet est-il intéressant ? L’œuvre est-elle bien peinte ? Pourrait-elle prendre place dans une collection ? Est-elle signée ? Sinon un expert devrait-il l’authentifier ?

 

Sur les trois derniers critères, nous vous conseillons de consulter des professionnels du marché de l’art tel qu’un expert, un historien d’art, un conservateur-restaurateur de tableaux… Ils pourront vous fournir des éléments d’analyse complémentaires. Les experts et les restaurateurs de tableaux ont des compétences très complémentaires. L’expert sur le plan artistique et historique. Le restaurateur sur le plan technique, aidé par son matériel d’analyse très spécifique : rayon UV , infrarouge, binoculaire…

 

La conservation et la restauration, deux étapes successives

La conservation vise à préserver l’intégrité physique du tableau. C’est par exemple, la consolidation de déchirures, le refixage de la couche picturale, qui peut être amenée à se détacher du support, ou encore le traitement contre les insectes xylophages… En résumé, la conservation touche principalement toutes les opérations liées au support, à l’adhésion et la cohésion des matériaux entre eux. La préservation du tableau peut parfaitement s’arrêter à ce stade et l’œuvre sera sauvée des dégradations du temps.

 

La restauration est l’ultime étape, indispensable si l’on veut que l’œuvre puisse retrouver son aspect initial. Les opérations menées peuvent être plus ou moins lourdes, en fonction de l’état du tableau. L’objectif visé est de redonner à l’œuvre une bonne lisibilité en respectant autant que possible son intégrité physique, esthétique et historique. En retouchant un personnage dont une partie du visage est lacunaire, le conservateur-restaurateur opèrera une réintégration colorée pour redonner à l’œuvre son aspect original. Mais attention, il ne doit pas inventer, il doit tenir compte des éléments existants pour retrouver la partie manquante [cf. photo 1 et 2 représentant un portrait d’homme 19é avant et après restauration]. Dans le cas où trop d’éléments ont disparu, et en l’absence de traces documentaires (photos, esquisses, gravures…), il est impossible de restaurer l’œuvre sans interprétation. La déontologie veut alors que le praticien s’arrête donc à la phase de conservation.

 

Un simple nettoyage peut être spectaculaire…

Au fil des années, les vernis qui recouvrent les peintures s’altèrent, les couleurs apparaissent ternies et dénaturées. Un bleu peut apparaître verdâtre par exemple. Les sujets s’estompent ainsi que les détails et les signatures. Il n’est pas rare de découvrir une signature sur un tableau lors d’un allègement de vernis. Par un simple nettoyage suivi d’un allègement de vernis, les tableaux retrouvent tout leur éclat d’origine. C’est souvent spectaculaire ! A cette étape, on peut parfois découvrir des éléments dissimulés qui vont donner une nouvelle valeur au tableau : peinture originale redécouverte sous une peinture de qualité moyenne, détails dissimulés au fil des siècles par des repeints…

 

Mais dans certains cas, le conservateur-restaurateur pourra vous déconseiller de restaurer votre œuvre, car elle présente des faiblesses artistiques. La restauration de l’œuvre fera ressortir les défauts du tableau. Si vous cherchez à le céder, il sera donc préférable de le vendre en l’état. Par ailleurs, certains tableaux très abîmés ne doivent pas faire l’objet d’une restauration, car le coût peut représenter parfois le montant de la valeur de l’œuvre et même le dépasser. Cela n’a donc aucun intérêt patrimonial.

 

Faites-vous expliquer les différentes opérations de traitement…

Le choix du praticien est très important. Lorsque vous confiez vos tableaux, nous vous conseillons vivement de tenir compte de certains éléments.

 

Vérifiez que le conservateur-restaurateur auquel vous faites appel a les compétences et l’expérience pour effectuer des opérations délicates sur vos tableaux.

 

Lors du premier rendez-vous, le conservateur-restaurateur doit vous proposer d’établir un devis précis. Le coût d’une restauration varie en fonction du temps passé. Demandez-lui son tarif horaire. Méfiez-vous aussi d’un devis trop bas, qui n’est pas un gage de professionnalisme. Il doit stipuler les différentes étapes d’intervention nécessaires et le temps estimé. Si vous choisissez de laisser votre tableau, une fiche de dépôt devra vous être remise. Demandez à assister aux différents tests de dévernissage et faites-vous expliquer les opérations qui vont être effectuées. Le rôle du praticien est aussi de vous accompagner et de vous guider sur l’intérêt patrimonial de restaurer certaines œuvres. C’est une personne qui doit vous apporter des réponses claires à toutes vos questions et ce, en toute transparence. La confiance est essentielle dans les relations que vous entretiendrez avec ce professionnel. Il sera votre allié pour valoriser votre patrimoine, n’hésitez pas à lui demander conseil !

 

 

Pour en savoir plus, consultez le site de la Fédération Française des Conservateurs Restaurateurs.

 

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